Hélène Foucher a grandi à Vierzon et fréquenté une école où les instituteurs soixante-huitards lui ont donné goût aussi bien aux mathématiques qu’à la poterie. Le village de la Borne, elle l’a maintes fois traversé quand elle partait en weekend chez ses grands-parents. Après une formation à l’université en physique fondamentale en région parisienne, structurante mais peu épanouissante, elle se forme finalement à la poterie. Elle apprend la rigueur du tournage en série avec Augusto Tozzola et s’initie à l’estampage avec Mami Kato. Une rencontre déterminante avec Anne Verdier en 2016 lui ouvre les portes vers une sculpture brute qui révèle une spontanéité retrouvée. Hélène revient alors dans son Berry natal où elle renoue avec des argiles locales et construit son premier four à bois avec l’aide d’Emmanuel Buchet.
Aujourd’hui, sa production alterne entre le tournage – pratique rassurante qui remplit méthodiquement le séchoir d’objets du quotidien- et la sculpture – périodes d’évasion – qui dérange considérablement l’atelier.
Sa série de sculptures “Cohabitations” a débuté avec la récolte de deux « argiles » ; d’un côté, des débris de tuiles que des ouvriers entassaient dans une benne faisant face à son atelier parisien, de l’autre, des blocs de terres en partie argileuses ramassés dans un champ labouré par son cousin à Neuilly-en-Sancerre. À cette époque, ses allers-retours fréquents entre Paris et le Pays-Fort nourrissent une série imprégnée de contrastes : urbain et rural, industriel et agricole, trajectoire individuelle et héritages familiaux. Dans cette matière composite se cristallise un récit intime. Les tuiles qui ont bouillonné évoquent sa vie citadine, débordante, voire dégoulinante, alors que la terre des champs, restée presque intacte, figée, avec les traces d’outil de labour témoigne de la mémoire de sa famille paternelle, lignée agricole multi générationnelle.
Depuis, Hélène stocke dans son atelier une multitude de matériaux qu’elle glane au cours des ses balades, récupère au fil de ses rencontres. Certains ont somnolé plusieurs années avant de trouver leur place dans le four. Argiles, roches, sables, tuiles, ardoises, tout ce qui pourra se mettre en mouvement aux hautes températures est prétexte à un jeu d’assemblage. Les éléments sont agencés intuitivement. Hélène crée ainsi des pièces où se rencontrent territoires, lieux, corps de métiers. Ses œuvres deviennent des surfaces de tension autant que de réconciliation, où des matières aux provenances et propriétés physiques variées finissent par trouver, grâce au four, un terrain commun. Ici, c’est l’ouverture du four qui est vécue comme une éclosion, cette instant furtif où l’on découvre enfin, après de longues heures de cuisson, comment ces éléments ont décidé de vivre, plus ou moins bien, ensemble.



